Suicide : Prévenir.

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Article 36.4.

D’après le Manuel de psychiatrie écrit sous la direction de Julien-Daniel Guelfi et Frédéric Rouillon, « Le suicide appartient aux grandes causes de mortalité prématurée et évitable. La sensibilité au problème et la volonté collective de prévenir le suicide deviennent de plus en plus patentes alors qu’il est la cause, chaque année, d’environ 10 500 décès avec un taux annuel de 17 pour 100 000 habitants selon les données de 1999 à 2001. (…)

La première loi de santé publique dont s’est dotée la France, le 9 août 2004, inclut celle-ci dans son objectif numéro 2 avec une réduction de 20% en 5 ans. La prévention du suicide figure aussi dans le plan de psychiatrie et de santé mentale adossée au plan de détection et traitement de la dépression. Le suicide fait partie aussi des risques auxquels ont fait face les établissements de santé. (…)

Le classement des actions visant à réduire le suicide est assez complexe. Nous prendrons comme l’architecture générale de la prévention du suicide les niveaux suivants :

la promotion de la santé : tout ce qui permet de façon non spécifique de répondre aux besoins des individus en termes de bien-être physique, psychique et social ;

la prévention du suicide : toutes les actions individuelles et collectives qui agissent sur les principaux déterminants du suicide, comprenant l’identification des personnes à risque, le diagnostic et le traitement des troubles psychiatriques susceptibles de créer une souffrance majeure, ainsi que toutes les mesures générales qui limitent l’accès aux moyens du suicide ;

l’intervention en cas de crise suicidaire comprenant les actions appropriées à chacune des étapes de la crise : les étapes d’idéation, d’intention, de programmation et de mise en œuvre de l’acte suicidaire ;

la postvention suite à un suicide : ensemble des actions pour la prise en charge des personnes qui ont vu la scène, assuré les secours, ceux qui avaient noué une relation d’attachement avec cette personne (famille, amis, professionnels, bénévoles), et pour limiter le phénomène de contagion et d’imitation par suicide auprès des personnes vulnérables.

Cette postvention peut inclure l’analyse causale des suicides afin de favoriser le retour d’expérience pour améliorer la prévention. »

1. Les Signes Avant-Coureurs : Comment Détecter les Risques de Suicide.

Suicide: Prévention.

L’un des moyens les plus efficaces pour prévenir le suicide est de reconnaître les signes avant-coureurs. Ces signes peuvent être verbaux, comportementaux ou émotionnels. Si vous remarquez ces signaux chez une personne, il est essentiel de prendre ces indices au sérieux et de chercher à offrir un soutien.

  • Les signaux verbaux : Ce que disent les personnes en détresse.
  • Les comportements à surveiller : Isolement, changements dans les habitudes et perte d’intérêt.
  • Signes émotionnels : Désespoir, sentiment de fardeau et apathie.
  • Changements soudains d’attitude : Un calme inattendu peut être alarmant.

  • Conseils pratiques :

-Prendre au sérieux toute mention d’envie de mourir ou de se faire du mal.

-Observer les changements soudains de comportement, comme l’abandon de responsabilités ou le désengagement social.

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2. L’  « effet Werther ».

Suicide: Prévention.

Selon l’ouvrage intitulé Psychologie sociale, Tome 1, l’individu et le groupe, dirigé par P. Gosling, il existe dans le phénomène du suicide un effet d’imitation.

« Le sociologue Philipps a étudié aux Etats-Unis les statistiques relatives au suicide entres les années 1947 et 1968. Ses travaux lui ont permis de démontrer l’existence d’une corrélation entre la publicité faite autour d’une histoire de suicide et le nombre de personnes qui mettaient fin à leur jour peur de temps après la diffusion de ce fait.

Dans les deux mois qui suivent la publication dans la presse d’un suicide (concernant souvent une personnalité connue et respectée du public), il y a en moyenne cinquante-huit suicides de plus que d’ordinaire ! C’est ce qu’on appelle l’  « effet Werther » : après la diffusion d’un fait divers relatant le cas d’un suicide d’une personne célèbre, on observe une augmentation très nette du nombre de suicides dans les zones où cette nouvelle a fait l’objet d’une large publicité.

Philipps explique ces résultats tout à fait surprenants par l’imitation. Certains individus en difficulté, après avoir appris le suicide de quelqu’un, décideraient que le suicide est, pour eux aussi, un acte approprié.

Les obstacles personnels et/ou moraux qui les empêchaient jusque-là de mettre à exécution cette issue tragique seraient à ce moment désinhibés. Ces découvertes, qui ont été vérifiées depuis , incitent à réfléchir aux problèmes de la médiatisation faite autour des suicides aussi bien dans la presse écrite qu’à la télévision, d’autant plus que d’autres données statistiques, à première vue inexplicables semblent corroborer ce lien. »

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3. La face cachée de l’ « effet Werther ».

Suicide: Prévention.

Cialdini considère une statistique étrange à laquelle il tente d’apporter une explication à partir de ce qu’il sait de l’ « effet Werther ». On a en effet observé que, quelques jours après la diffusion d’un cas de suicide sensationnel, le nombre de crashs d’avions de ligne ou privés augmente considérablement.

Le nombre de personnes tuées augmente de mille pour cent ! On peut faire le même constat quant à la montée en flèche du nombre de tués dans les accidents de la route. A ce phénomène particulièrement déroutant s’ajoutent deux autres distinctions qui ont leur importance pour la compréhension de ces résultats.

-Le nombre d’accidents mortels, que ce soit dans le cadre du pilotage d’un avion ou de la conduite automobile, se multiplie seulement dans les régions où l’annonce du suicide a fait l’objet d’une vaste publicité. Plus la médiatisation est forte, plus l’augmentation du nombre   d’accidents est élevée. Il semble bien que ce soit la publicité donnée au suicide aui provoque des accidents de voiture et d’avion.

-Lorsque le fait divers relate l’histoire d’un suicide « individuel » (une seule personne se donne intentionnellement la mort), alors ce sont seulement les accidents où n’est impliqué qu’une personne qui deviennent les plus fréquents. Par contre, si l’histoire concerne un suicide combiné au meurtre, ce sont seulement les accidents faisant plusieurs victimes qui se multiplient.

Selon Cialdini, tous ces accidents seraient en fait des « cas dissimulés de suicide imitatif ». Plutôt que se donner la mort de la façon la plus directe mais aussi la plus apparente, les personnes à l’origine de ces accidents agiraient de façon directe.

Il peut tout aussi bien s’agir du pilote d’avion qui ne respecte pas les instructions de la tour de contrôle que du conducteur d’une voiture qui double sans prudence ou du passager qui gêne le conducteur au moment particulièrement délicat. Tous ces constats relèvent d’une même explication générale que, Cialdini évoque par la notion de « la preuve sociale ».

4. La preuve sociale.

Suicide: Prévention.

Dans son ouvrage, Cialdini distingue six formes différentes de persuasion et parmi elles, celle de la preuve sociale. A chacune de ces six catégories correspond un principe doté d’un pouvoir particulier. Ils provoquent tous une adhésion automatique de la part des individus, sans réflexion préalable et réfléchie de leur part.

Selon ce principe de la preuve sociale, les gens déterminent le bien-fondé de leurs comportements en regardant ce que font les autres. En d’autres termes, nous avons tendance à croire qu’un comportement est approprié dès lors que d’autres personnes l’adoptent.

C’est le cas lorsqu’on connaît la corrélation étroite qui existe entre la médiatisation des récits de suicide et le nombre de suicidés d’une part, et avec le nombre d’accidents mortels d’autre part.

Il s’agit là d’une illustration tragique du principe de la preuve sociale : les gens qui se donnent la mort directement ou dans un accident déterminent leur comportement à partir des actes d’autres personnes, comme eux, en difficulté. La similarité est en effet un facteur essentiel dans le comportement d’imitation.

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5. Similarité et incertitude.

Suicide: Prévention.

Le principe de la preuve sociale fonctionne particulièrement bien sous deux conditions : lorsque nous observons le comportement de gens qui nous sont semblables d’une part et/ou lorsque nous nous trouvons dans un état d’incertitude d’autre part.

  • La similarité entre celui qui agit et celui qui observe.

Nous sommes d’autant plus enclins à prendre pour exemple le comportement d’une personne que celle-ci nous paraît similaire à nous-mêmes. (…) L’individu qui apprend la nouvelle du suicide d’une personnalité se sent proche d’elle dans la mesure où comme elle, il se sent en difficulté.

Philips a notamment montré que l’âge entre le suicidé et la future victime sont fortement corrélés.  Si le suicidé est jeune, alors il y a plus de possibilités pour que la victime d’un accident de voiture soit un jeune conducteur. Les tendances sont les mêmes lorsque le suicidé est d’un âge plus avancé.

  • L’état d’incertitude dans lequel se trouve celui qui observe.

Dans le cas où nous ne savons pas quelle conduite adopter parce que la situation est ambiguë ou confuse, il est naturel de considérer les actions des autres. Ce second point est particulièrement important pour comprendre l’inaction de tout un groupe de personnes devant des victimes ayant besoin d’aide. Comment se fait-il que personne ne soit intervenue pour aider une personne victime d’une agression, d’un malaise cardiaque ou encore d’un accident de voiture ?

Le principe de la preuve sociale permet de mieux saisir ce phénomène si regrettable en mettant en avant l’ambiguïté de la situation et l’incertitude qui en découle.

Très souvent en effet, l’urgence n’apparaît pas de façon évidente. Ne sachant pas à quoi nous en tenir exactement, nous avons tendance à regarder ce que font les autres pour déterminer s’il est préférable d’intervenir ou non. S’ils ne font rien, nous avons tendance à les imiter en pensant que c’est là le comportement le plus adéquat.

Nous retrouvons ce que les psychologues sociaux appellent le phénomène d’ignorance collective.

6. Preuve sociale et médiatisation.

Suicide: Prévention.

La puissance du principe de la preuve sociale semble particulièrement étendue puisqu’il influe jusqu’à notre décision fondamentale de vivre ou de mourir. De ce point de vue, l’impact de la publicité donnée aux suicides a une influence : la médiatisation d’actes aussi tragiques confère une certaine légitimité à l’acte.

Si les suicides largement diffusés par les médias tendent à être contagieux, et c’est là un constat, il en est de même pour les comportements d’agression.

Ainsi, les dernières recherches de Philipps montrent que la médiatisation des actes de violence stimulerait des homicides imitatifs. La force du principe de la preuve sociale et l’influence considérable des médias devraient inciter à évaluer les effets de la publicité données à de tels événements. »

En conclusion, il semble primordial de connaître à la fois l’entourage et les images vues par la personne sujette à cette impulsion suicidaire. L’effet d’imitation, le phénomène d’ignorance collective ou de preuve sociale soulèvent des problématiques actuelles.

Protégeons-nous, protégeons nos proches, nos enfants et nos adolescents de toutes ces formes de médiatisation, de publicité. J’y inclue également les films, les séries, les jeux vidéos.

Les autres articles sur ce sujet sont visibles sur les liens suivants :

Article 36.1. Suicide : Comprendre.

-Article 36.2. Suicide : définitions.

Article 36.3. Suicide : les Causes, Facteurs de Risque et Déclencheurs.

Vous trouverez d’autres articles sur mon site web : https://joelineandriana-auteur.com.

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