Suicide : Définitions.

Suicide : Définitions.

Article 36.2.

Avant de commencer, je vous propose de consulter l’article 36.1. intitulé Suicide : Comprendre.

Qu’est-ce que le Suicide ? Une Vue d’Ensemble Psychologique.

1. Définir le suicide : une tentative pour échapper à une souffrance insoutenable ?

Suicide.

Pour cela, je m’aide de l’ouvrage de Roland Doron et de Françoise Parot, intitulé Dictionnaire de psychologie : « Classiquement, le suicide est le meurtre de soi-même. E. Dukheim, en 1897, appelle suicide tout cas de mort qui résulte d’un acte accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat.

Actuellement, on tend à envisager dans un vaste ensemble le suicide, le chantage au suicide, les équivalents suicidaires. Je reste disponible si vous avez besoin d’une consultation : Réservez votre séance.

D’un point de vue épistémologique, le nombre de suicide est difficilement appréciable (suicide non déclaré, non-reconnaissance du suicide à l’origine de la mort). Cependant, une étude sur l’année 1971 dénombrait en France 14 200 suicides (seconde cause de décès par mort violente).

Les moyens utilisés sont variés : par ordre de fréquence on note, en France, la pendaison, la noyade, le gaz, les armes à feu, les toxiques médicamenteux, les armes blanches.

Différents facteurs suicidogènes ont été repris : on dit par exemple que le suicide est plus fréquent en milieu rural et les tentatives de suicide plus fréquentes en milieu citadin ; on évoque le rôle des conditions atmosphériques, de facteurs actuellement retenus comme favorisants : l’absence d’insertion sociale réelle, la rupture professionnelle, l’appartenance à certaines catégories socioprofessionnelles (étudiant, militaire, appelé, détenu, prostituée, personnel médical et paramédical) ; enfin l’âge : la tentative de suicide est surtout le fait de sujets jeunes (adolescents) ; au contraire, la fréquence du « suicide réussi » est plus grande chez les personnes âgées.

Voici un article mettant en avant le suicide des étudiants aux Etats-Unis : https://www.courrierinternational.com/article/sante-mentale-aux-etats-unis-les-suicides-d-athletes-universitaires-ont-double-en-vingt-ans#:~:text=Santé%20mentale.-,Aux%20États%2DUnis%2C%20les%20suicides%20d’athlètes%20universitaires%20ont,manière%20inquiétante%2C%20révèle%20une%20étude.

Les femmes font plus de tentatives de suicide (cinq femmes pour deux hommes) mais le rapport s’inverse pour le suicide.

S’il n’existe pas de profil psychologique du suicidant, toute affection mentale est peu ou prou suicidogène, surtout la mélancolie où le risque est majeur.

Dans la dépression névrotique, le passage à l’acte paraît fonction de la structuration des défenses. Le suicide est rare au cours des délires chroniques tandis que les tentatives de suicide du schizophrène sont énigmatiques et bizarres.

Le sens des conduites suicidaires n’est pas univoque : ce peut être une volonté destructrice dans laquelle l’autoagressivité est très présente : les psychanalystes envisagent soit un retournement contre soi de l’agressivité initialement dirigée contre l’autre, soit l’expression privilégiée de l’instinct de mort s’actualisant dans le geste suicidaire.

Suicide: définitions.

La dimension hétéroagressive souvent inconsciente est indéniable, stigmatisant l’entourage familial. La fonction de chantage est parfois présente, n’en mettant pas moins gravement en danger le patient dans une quête de communication avec autrui.

Voici un article sur un sportif qui a tenté de se suicider :

https://www.leparisien.fr/sports/football/ligue-1/football-inquietude-pour-daniel-congre-lancien-joueur-de-montpellier-apres-une-tentative-de-suicide-10-06-2025-FP37JAPYFNFFZHUZJGPTVXX4AA.php

La question du passage à l’acte suicidaire est toujours très discutée, et ce d’autant que le risque mortel est très mal apprécié le plus souvent par le suicidaire.

Actuellement, certains travaux neurobiologiques émettent l’hypothèse d’une vulnérabilité au passage à l’acte quel qu’il soit liée à un dysfonctionnement sérotoninergique.

Enfin, la récidive pose un problème grave du point de vue préventif : 10 à 15% des suicidants (sujets ayant commis une ou plusieurs tentatives de suicide) finissent par se tuer. »

Selon le Dictionnaire de la psychiatrie écrit par Jacques Postel, « Le suicide est soit un acte rationnel, exécuté en fonction de considérations morales, sociales, religieuses, philosophiques ou personnelles, soit au contraire un acte pathologique survenant alors au cours de l’évolution de diverses affections mentales (dépression, délire chronique, démence, confusion, etc.) ou d’une crise existentielle aiguë sous forme de raptus (soudaine impulsion pouvant conduire une personne à commettre des gestes très violents à l’encontre d’elle-même ou d’autrui) anxieux autoagressif, raptus très différent du suicide prémédité de certains mélancoliques ou délirants.

Cet acte peut avoir trois fonctions différentes. Ou bien il s’agit de l’évitement, de la fuite d’une situation inacceptable ou trop douloureuse (suicides de certains cancéreux par exemple) ; ou bien c’est une véritable conduite autoagressive, par retournement d’une intense agressivité contre soi-même (cas de la dépression mélancolique) ; ou bien c’est un appel au secours, une sorte de message désespéré adressé à un entourage jugé trop indifférent ou hostile.

Dans ce dernier cas, sans doute trop fréquent, il ne s’agit parfois que d’une tentative de suicide, plus ou moins spectaculaire, s’accompagnant d’un appel à autrui pour qu’il intervienne.

Mais si cette intervention s’est fait attendre, ou si le message n’a pas été transmis, la tentative se réalise du fait que les secours ne sont pas arrivés à temps, comme dans ces nombreux cas d’intoxication médicamenteuse où le SAMU arrive trop tard.

Une (…) étude de l’INSERM dirigée par F. Davidson et A. Philippe a montré qu’en France le suicide est actuellement responsable de près de 12 000 décès par an (en 1994, 8 839 hommes et 3 155 femmes) ; et il semble que depuis quelques années (1975) en augmentation, principalement chez les hommes et les sujets jeunes.

En Finlande, pays d’Europe où il est le plus élevé, le taux est de 46 pour 100 000 (hommes) et de 11 pour 100 000 (femmes).

Les différentes corrélations statistiques ne permettent cependant pas de démontrer une relation positive pour les hommes (l’évolution du chômage n’est pas un facteur prédictif du suicide masculin).

En revanche, pour la population féminine, l’évolution du taux de chômage pourrait être prédictive. La solitude reste en tout cas l’un des facteurs les plus importants. Elle s’accompagne généralement d’un sentiment de rejet, surtout dans cette dernière population.

2. Les facteurs psychologiques communs associés au suicide.

Cela correspond finalement aux premières recherches de E. Durkeim, qui constatait, en 1897, que les suicides augmentaient en fonction du relâchement des liens familiaux et de l’isolement social. Ce dernier est certainement à l’origine de très nombreux suicides, et le cas de Véronique Le Guen, une jeune spéléologue de 33 ans qui a été trouvée morte dans sa voiture après avoir absorbé une forte dose de barbituriques, en est presque une illustration expérimentale : elle venait de passer 111 jours seule, au fond d’un gouffre et en était ressortie assez éprouvée.

C’est surtout aux deux extrémités de la vie que le suicide est devenu beaucoup plus fréquent qu’autrefois. Chez les adultes jeunes, et les adolescents, le phénomène suicidaire a pris des proportions inquiétantes dans notre pays depuis une dizaine d’années (ce livre est sorti en 1998 et 2003).

C’est souvent devant l’échec, l’impossibilité de s’insérer socialement et professionnellement que l’adulte jeune va se suicider, confirmant la phrase de l’écrivain Drieu La Rochelle : « Le suicide, c’est un acte, l’acte de ceux qui n’ont pu en accomplir d’autres » (le Feu follet).

Cet acte de désespoir se réalise souvent dans le comportement toxicomaniaque, l’overdose finale venant terminer une trajectoire suicidaire progressive.

Chez l’adolescent, ce sont souvent les séparations du milieu familial, les premières ruptures sentimentales qui provoquent le suicide ou, plus souvent, la tentative suicidaire.

Chez les personnes âgées, le suicide est aussi très fréquent. Près de 30% des suicidés en France ont dépassé la soixantaine. Si certains cas relèvent d’une pathologie psychiatrique évidente (atteinte démentielle, mélancolie présénile ou sénile), la plupart du temps, il s’agit de la conséquence d’une crise existentielle, expression d’un état névrotique dont les défenses sont débordées ou d’un état dépressif réactionnel survenant au décours d’un évènement pénible dont l’impact affectif douloureux se trouve majoré par le déficit du potentiel intellectuel et organique de le sénescence ainsi que par les conditions de vie sociale défectueuse.

Le suicide a généralement le sens d’un acte de libération d’une situation jugée pénible, douloureuse et surtout non modifiable. (Th. Lempérière).

Le suicide collectif a aussi une certaine fréquence. Les amoureux, qui tels Roméo et Juliette, se tuent ensemble restent assez fréquents au Japon. Quant à l’infanticide, il précède souvent le suicide des mères mélancoliques, qui veulent ainsi entraîner dans leur mort leur progéniture pour la sauver d’une situation qu’elles croient, dans leur délire, désespérée.

Il peut y avoir un pacte conclu entre deux personnes qui se sont engagées à mourir ensemble. Quelquefois, l’un des deux candidats endure des douleurs insoutenables et l’autre n’a pas la force d’assister à son martyre ni le courage de survivre. Il arrive également que les deux aspirent à la mort.

Généralement la décision est prise d’emblée d’un commun accord. Nul autre ne se doute de leur secret et les intéressés prennent tranquillement et obstinément leurs dispositions macabres avec une minutie telle que leurs projets échouent très rarement.

C’est souvent le cas des vieux couples décidant ensemble de se donner la mort, comme l’ont fait en 1983 A. Koestler et son épouse.

Il y a enfin de grands suicides collectifs, provoqués par une véritable contagion mentale à partir d’un ou deux leaders, dans une sorte de transe ou d’état hypnotique généralisés : c’est l’exemple dramatique du suicide collectif d’une secte religieuse d’origine nord-américaine, en Guyana, en 1978.

Sur le plan d’une théorie pathogénique du suicide, on en reste aux deux grandes hypothèses : celle de l’anomie (dérèglement, désordre social) de Durkheim, décrite plus haut, et celle de S. Freud, pour qui le suicide serait finalement une forme d’homicide : « Nul, écrit-il, n’est probablement à même de trouver l’énergie psychique de se tuer, à moins de commencer par tuer quelqu’un à qui il est identifié. »

Parmi les variantes, on peut citer la théorie de K. Menninger, d’après laquelle le suicide exprimerait à la fois un désir de mourir, un désir de commettre l’acte de tuer et un désir d’être tué. Aucune de ces considérations ne saurait prétendre traduire toute la vérité. Si la théorie de l’anomie permet de saisir la forte proportion de veufs et de personnes séparés parmi les suicidés, elle n’explique pas pourquoi seuls certains veufs ou esseulés se suicident, alors que les autres ne le font pas.

3. La relation entre dépression et suicide : Une connexion complexe.

Suicide:définitions.

Un taux élevé de suicides peut résulter de la conjonction de plusieurs facteurs.

Il faut admettre que le phénomène suicidaire est presque toujours le reflet d’une interaction entre des facteurs sociaux et des facteurs personnels (J. Cohen). Et seule la connaissance de ces différents facteurs permet une bonne prévention du suicide, mettant en œuvre l’ensemble des moyens nécessaires pour en diminuer la fréquence.

Il s’agira aussi de postvention, qui est la prévention de la récidive après une tentative enrayée, puisqu’il faut tenir compte des « suicidants récidivistes » (F. Davidson), de plus en plus nombreux, surtout dans la population féminine. C’est surtout pour ceux-là qu’il faudra prendre le temps de les aider et de les écouter. Les classiques bonnes paroles, c’est-à-dire les propose conformistes et superficiels, n’apportent aucun apaisement appréciable : elles renforcent même l’isolement du désespéré.

Il en va de même des arguments de dissuasion tels que : « Se suicider est une lâcheté, pensez à vos parents ou à vos enfants.»

Tout reproche est à bannir et ne manifeste que l’inquiétude de celui qui le prodigue. Et, à l’extrême, échouent ceux qui parlent plus qu’ils n’écoutent. « Car le suicide d’une personne s’insère dans la dialectique de sa désespérance ou de sa rage : c’est cette histoire personnelle, singulière, unique qu’il importe avant tout de savoir écouter. » (le Suicide et sa prévention, brochure du ministère de la Santé publique et de la sécurité sociale.)

D’après le Manuel de psychiatrie, écrit sous la direction de Julien-Daniel Guelfi et Frédéric Rouillon, dans le chapitre intitulé : Prévalence des pathologies psychiatriques, de la dépression en particulier, « selon les études et les instruments d’évaluation utilisés, l’importance des pathologies psychiatriques chez les suicidés varie dans des proportions importantes, d’une minorité de cas (25 à 30%) à une prévalence proche de 100%. Une méta-analyse de la littérature sur le risque de suicide dans les pathologies mentales montre que pour presque tous les troubles mentaux, le risque de suicide est significativement accru.

Ce risque est plus fortement majoré dans les troubles mentaux fonctionnels et plus limité pour les troubles mentaux organiques. La tentative de suicide est souvent considérée comme le facteur de risque de suicide le plus significatif.

Environ 1% des suicidants se suicident dans l’année et R.F. Diekstra fait état de 10 à 14% de risque de suicide vie entière chez les suicidants.

M.L. Bourgeois, rapportant plusieurs études faites à partir d’autopsies psychologiques en Angleterre et aux Etats-Unis, estime que 50 à 80% des suicides correspondent à des troubles de l’humeur.

Dans une étude des diagnostics en fonction de l’âge chez les suicidés, Y. Conwell trouve que chez les plus jeunes le diagnostic le plus fréquent est la toxicomanie et la psychose et plus l’âge augmente, plus la prévalence de la dépression s’accroît.

Il observe une vulnérabilité accrue des patients âgés aux suicide et particulièrement chez les hommes. Cette liaison âge-dépression concerne la dépression unipolaire. Les études de suivi des patients déprimés montrent qu’au moins 15% de ces personnes se suicident, ce qui représente un risque relatif de l’ordre de 30. Moins nombreux que les déprimés les patients schizophrènes sont aussi fortement exposés au risque suicidaire, leur risque de suicide vie entière est d’environ 5%. »

Le suicide, en termes psychologiques, est souvent le résultat d’une souffrance mentale insupportable. Les individus peuvent ressentir un désespoir intense, une perte de sens, ou une incapacité à voir une issue positive à leurs problèmes. Bien que chaque histoire soit unique, des thèmes récurrents se dégagent, comme la dépression, les troubles de l’humeur, l’anxiété, le traumatisme et l’isolement social.

D’autres article sur cette thématique sont disponibles sur ce site web via les liens suivants:

Suicide: Comprendre. 

Suicide: les causes, facteurs de risque et déclencheurs. 

Suicide: Prévenir.

-Suicide : Soutenir. 

Vous trouverez d’autres articles sur mon site web : https://joelineandriana-auteur.com.

@copyright : J’autorise la citation de mes textes sous réserve que la source soit citée et mise en lien.

Suicide: Comprendre.

Suicide: Comprendre.

Article 36.1.

Le suicide est un sujet difficile à aborder, mais il est crucial d’en parler, et de comprendre. Chaque année, des millions de personnes dans le monde luttent contre des pensées suicidaires, et malheureusement, beaucoup passent à l’acte. Comprendre les causes sous-jacentes, reconnaître les signes avant-coureurs et savoir comment offrir un soutien peut sauver des vies.

Dans cet article, nous aborderons les aspects psychologiques du suicide, les mesures de prévention et comment intervenir si quelqu’un que vous connaissez est en détresse. Ce guide complet est rédigé par le docteur en psychologie Andriana Joéline pour aider à sensibiliser et à soutenir ceux qui en ont besoin.

Introduction : Un Problème Global aux Conséquences Dévastatrices.

Suicide: comprendre.

Une phrase page 197, dans l’ouvrage de François Lebigot, intitulé Traiter les traumatismes psychiques. Clinique et prise en charge, m’a marquée : « Je me demande si je n’aime pas envisager que rien dans ma situation ne s’arrange pour que le pire devienne une solution ». C’est une phrase parmi d’autres dans la retranscription d’un témoignage développé sous le titre d’un chapitre 11: Cinq observations de prises en charge (…) Le cauchemar et le rêve dans le traitement de la névrose traumatique : Piotr (…) Le poids de la faute.

1. L’exemple de Piotr.

Suicide: comprendre.

Voici un extrait : « Son beau-père battait souvent le sujet, et avec une grande violence. Il était d’ailleurs ce qu’on pourrait appeler un sale gosse. Un jour il est saisi d’une haine subite à l’égard de l’aîné de ses demi-frères et le frappe comme s’il voulait le tuer :

« J’avais subi le bourreau et j’étais devenu bourreau à mon tour. (…) Quand j’étais enfant j’ai pensé que je n’avais pas besoin de l’affection d’un père et d’une mère, que je pouvais me débrouiller seul, je rêvais de succès éblouissants. »

L’évocation de ces souvenirs marque l’ouverture d’une période dangereuse. Certains jours, il absorbe une dose de bière modérée mais suffisante pour le mettre dans un état particulier où il commet des actes inquiétants, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital : bagarres dans les bras, menaces envers le personnel de sécurité, vol de voiture, fugue en province, etc. Une fois il terrorise une aide-soignante qui est persuadée qu’il va la violer. Il ne se souvient pas toujours exactement de ce qui s’est passé :

« Quand j’ai fait ces conneries, je ne sens pas de remords. Je ne me sens coupable que d’avoir à m’en expliquer devant vous. »

Il finit par prendre conscience qu’il dépasse les limites à la suite de menaces très sérieuses de son médecin » Et c’est là que survient la fameuse phrase : « Je me demande si je n’aime pas envisager que rien dans ma situation ne s’arrange pour que le pire devienne une solution »

« La période se conclut sur un cauchemar, qui sera le dernier. C’est en Afrique. Il part en mission avec des camarades pour faire du « renseignement » dans un village. Ils font la fête, tuent, violent. A la fin, il est dans une case avec deux camarades (ceux qui faisaient la punition avec lui). Trois villageois surgissent avec des fusils et les mettent en joue. L’effroi le réveille.

La mort apparaît comme une sanction de fautes majeures, de crimes œdipiens. Et la structure du cauchemar est identique à celle de l’événement traumatique : « fête », sanction. Piotr y reconnaît, lui, en plus la structure de ses passages à l’acte qui le « conduisent au désastre ». Sans transition, il conclut cet entretien par le constat douloureux qu’il n’est pas digne d’être aimé.

2. Rêves et Cauchemars.

Suicide: comprendre.

A six mois de traitement, c’est un rêve qui va se charger de l’événement traumatique. Il revient à Djibouti. Ses camarades sont là. Ceux qui lui sont hostiles parmi les cadres non, ni le lieutenant. Il leur raconte ce qui s’est passé, l’« accident ». Ils sont étonnés et il se laisse aller à des paroles de haine contre ses persécuteurs. Puis il joue à un jeu vidéo avec un camarade, une bataille de chars.

Donc, dans ce rêve, plus d’images de la scène, celle-ci est racontée. Comme ses camarades du rêve, Piotr aussi est étonné de ce qui s’est passé. Il avait confiance dans ses chefs. Le regard du lieutenant lui fait penser au regard de sa mère quand son beau-père le frappait. Il y cherchait une aide et n’y trouvait que de la pitié. Il lui est arrivé plus d’une fois, au cours de la psychothérapie, d’exprimer envers elle une haine égale à celle qu’il voue maintenant à la Légion. Dans peu de temps, ce sera à son tour d’éprouver envers sa mère plutôt de la pitié.

Avant d’en arriver là, il faudra qu’il se livre à un nouveau et dernier passage à l’acte.

La nuit suivante, il rêve qu’il est au tribunal (il a porté plainte contre la Légion), son avocat à côté de lui. En face dans le prétoire, le lieutenant s’esclaffe : « Tu n’y arriveras jamais. » Le commentaire du sujet est le suivant :

« Je voudrais pouvoir dire aux gens : « Je suis en psychiatrie mais ce n’est pas de ma faute », mais alors, j’aurais le sentiment de mentir. »

Le travail psychothérapique de Piotr se termine là. Il a trouvé une gentille petite compagne et prépare sa reconversion dans le civil. Le traitement est arrêté progressivement. »

3. Ce que j’en pense.

Suicide: comprendre.

Piotr est un exemple de pris en charge dans le traitement de la névrose traumatique. Pour ma part, Piotr est un cas particulier qui peut être commun à toutes les personnes ayant subi un déracinement de son pays natal, un sentiment d’abandon en lien à la fois avec sa mère, son père et son beau-père avec trois manières bien distinctes d’agir soit face à lui soit contre lui.

Tout commence par la séparation de ses parents lors de ses trois-quatre ans, en lien avec l’alcoolisme du père. Son histoire continue avec un déracinement de sa Pologne natale lors de ses dix ans, le suicide de son père, et la violence de son beau-père. Il éprouve le besoin de se confronter à la mort : la légion dans laquelle il est brillant mais encore pas « reconnu » et même brimé par un lieutenant qui lui rappelle ses « bourreaux » d’enfance et d’adolescence.

Cet engagement dans la légion trouve chez lui la pire des solutions pour vérifier sa conviction qui était : que « si je me fais tuer, personne ne s’en apercevrait ». Résultat, il a tenté de se suicider plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il soit pris en charge complètement, dans cette oscillation entre culpabilité, victimisation et vulnérabilité.

Je m’approprie cet exemple parce qu’il me parle sincèrement. Je remercie l’auteur de cet ouvrage de l’avoir rédigé. Piotr me touche parce qu’il me rappelle une personne qui s’est engagée dans les commandos pour toutes les raisons avancées : abandon familial (de la mère et du père, la mère qui le confie à une autre mère parce que malade et parce que le père ne l’a pas reconnu officiellemment, absence de reconnaissance, déracinement, battu, humilié, isolé, fuyant et s’engageant dans l’armée pour se reconnaître comme utile dans la recherche d’une grande famille portant le même uniforme, dans la confrontation directe à la mort, atteint de crises d’épilepsie, obligé de partir de ce groupe, pour se sentir à nouveau abandonné et méconnu, tombant dans la dépression et l’isolement à nouveau.

C’est à se demander combien de personnes dans ce monde sont à ce point vouées à elles-mêmes, incapables de trouver une solution positive et pérenne. Comme si se confronter à la mort était plus douce que de tenter de rester en vie et de rechercher des issues constructives.

Mais encore faut-il, que lorsque ces personnes, dès lors qu’elles réussissent, ou s’accomplissent de façon surprenante dans un domaine particulier, ne rencontrent pas des similitudes de comportement traumatique provoquées par d’autres personnes.

Piotr a retrouvé son beau-père violent, sa mère passive et abandonnique, son père alcoolique dans ce lieutenant, le traitant d’alcoolique alors qu’il ne buvait que de l’eau, (sauf lors des « fêtes »), le traitant de bon à rien et le réprimandant de façon violente (« casser à la masse une dalle en béton, aux heures chaudes et sous le soleil ardent. Ils sont encore alcoolisés et Piotr en est à sa deuxième nuit sans sommeil) avec l’un de ses camarades pour avoir été les plus hauts gradés, et avoir commis quelques dégâts, à Djibouti, lors d’une soirée bien arrosée.

« Très vite, il se sent défaillir, avec la conviction qu’il va mourir. Ses genoux fléchissent et il croise à ce moment le regard du lieutenant dans lequel il lit une haine indicible. Il sombre dans le coma (…) Il présente une fièvre élevée et des convulsions. (…) Le coma persiste plus de 48 heures. (…) Une asthénie, des céphalées, des troubles du sommeil apparaissent rapidement, puis un état dépressif qui conduit le médecin du corps à l’hospitaliser en psychiatrie à l’hôpital militaire (…)

C’est là qu’il a ses premiers cauchemars, reproduisant l’événement. Mais aussi s’installent des idées délirantes de persécution, et il tente de se défenestrer (…) Nous recevons un garçon mélancolique, persuadé que la Légion est partout (…) Le but final de cette manigance est de le tuer discrètement. »

4. Le souvenir du traumatisme.

Suicide: comprendre.

Parce que le souvenir du traumatisme ou des traumatismes restent cachés, profondément ancrés dans le cerveau et le corps, qu’il est difficile voire impossible de le dénicher pour le régler à moins qu’il revienne à grand bruit, sans qu’on l’attende, sans qu’on ne s’y soit assez penché pour clairement identifier un malaise, passant une grande partie de sa vie à nier son importance, son impact sur les choix, les orientations du sujet.

Aucun trauma n’est anodin, et c’est pourquoi j’exerce ce métier… (Réservez votre séance) et que je m’allie le plus souvent avec des psychiatres pour démêler l’histoire de chacun et tenter d’aboutir à des issues positives, tout particulièrement lorsque la personne est volontaire et assidue pour se soigner et être pris en charge. Dans le cas contraire, inutile de vous dévoiler l’issue.

Bien sûr, il est des histoires qui confrontent à la mort sans qu’il y ait ces facteurs de délitement, d’absence de reconnaissance d’une existence qui ne demande qu’à être meilleure, à se distinguer par ses qualités et son excellence. Il suffit d’une personne malveillante et destructrice pour éveiller ou réveiller un tel traumatisme qu’il est complexe de s’en relever et de reprendre une vie qui trouve du sens, de la sérénité et de la solidité.

Voici un lien présentant Asia Argento, actrice Italienne, racontant ses deux viols et le suicide de son ex-compagnon :

https://www.facebook.com/share/v/cKdYJvVT2qNQf47/?mibextid=KsPBc6

5. Le suicide dans le Monde.

Suicide: comprendre.

Malheureusement, le suicide est l’une des principales causes de décès dans le monde, touchant des individus de tous âges, sexes et milieux socio-économiques. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 700 000 personnes meurent par suicide chaque année, et pour chaque suicide, on estime qu’il y a vingt autres tentatives. Derrière chaque chiffre se cache une histoire de souffrance silencieuse, de désespoir, et d’un besoin profond d’aide et de compréhension. Comprendre les facteurs qui mènent à des pensées suicidaires, et agir à temps, peut faire la différence.

Voici l’exemple de Christophe Dominici, ancien rugbyman français, qui semble-t-il s’est suicidé à l’âge de 48 ans, un suicide que sa femme Loretta réfute:

https://www.midilibre.fr/2024/02/02/mort-de-christophe-dominici-lhypothese-de-sa-veuve-loretta-qui-ne-croit-pas-au-scenario-dusuicide-11738985.php

Le manuel de psychiatrie clinique et psychopathologique de l’adulte, sous la direction de Vassilis Kapsambelis écrit :

« Le taux de suicide est l’un des indicateurs les plus utilisés pour comparer la santé mentale entre les pays et pour suivre les évolutions. Le suicide est l’une des principales causes de décès dans la plupart des pays, en particulier chez les sujets âgés de 15 à 34 ans.

Selon l’OMS, il existe des écarts très importants des taux de suicide en Europe, allant de 47 pour 100 000 en Lituanie à 3 pour 100 000 en Grèce voire 2 pour 100 000 en Arménie ou en Albanie.

On comptait 10 660 décès par suicide en France en 2003 (3eme rang européen), sous-évalué de 20%, ce qui ramène ce chiffre à 13 000 (Mouquet et Bellamy, 2006). Ce taux a considérablement baissé ces vingt dernières années grâce aux politiques de prévention de suicide.

Il est plus élevé chez les hommes que chez les femmes, chez les sujets âgés que chez les jeunes, à Paris qu’en province, chez les célibataires et les veufs que chez les personnes mariées. Il est plus fréquent le jour que la nuit, au début de la semaine qu’à la fin, au printemps et en été qu’en automne et en hiver.

L’ « autopsie psychologique » des personnes suicidées met en évidence l’existence d’un problème psychiatrique dans une majorité des cas. Les diagnostics les plus souvent observés sont le trouble bipolaire, la dépression, l’alcoolisme, la schizophrénie et les troubles anxieux (Bourgeois, 1994, Inskip et al., 1998). »

J’espère que vous comprenez maintenant ce qui régit cette thématique délicate et douloureuse.

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Suicide: définitions.

Suicide: les causes, facteurs de risque et déclencheurs. 

Suicide: Prévenir. 

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Le désir de domination: Exemples.

Le désir de domination: Exemples.

Article 29.3.

Le désir de domination : exemples.

Exemples

  • Un exemple donné par Serge Guimond illustre bien les trois états affectifs décelés par Bion :

Le désir de domination: exemples.

« L’engagement dans une secte religieuse apparaît souvent mystérieux et suscite beaucoup de commentaires. Pourquoi des individus changent-ils complètement de style de vie et, apparemment, retirent-ils très peu d’avantages en contrepartie ?

Festinger, Riecken et Shachter (1956) ont mené une enquête auprès d’une secte au moment où, selon ses adhérents, la fin du monde devait se produire. Le leader du groupe affirmait en effet qu’il avait reçu des messages l’avertissant de la destruction imminente du monde et l’informant que lui et ses disciples seraient sauvés avant la date fatidique du 21 décembre.

Que se passerait-il après le 21 décembre ? Le groupe se désagrégerait-il en se rendant compte de la fausseté des déclarations de son chef spirituel ?

A mesure que le 21 décembre approchait, le coût de l’appartenance à la secte augmentait. Pendant des semaines, les membres avaient soutenu la prévision du groupe souvent à l’encontre de leurs amis et au péril de leur sécurité financière.

Certains, encore aux études, avaient cessé d’étudier, car ils n’en voyaient plus du tout l’importance. D’autres avaient quitté leur travail et accumulaient des dettes. Mais lorsque la journée du 21 décembre s’écoula sans problème, la secte, loin de vivre son éclatement, sortit en quelque sorte grandie par l’expérience.

Le leader affirma qu’il avait reçu de nouveaux messages lui révélant que le dévouement du groupe avait été tel qu’il avait sauvé le monde. Dans les jours suivant le « miracle », l’engagement des membres à l’égard de la secte augmenta. Chacun accomplissait avec encor plus d’ardeur les activités du groupe et le recrutement de nouveaux membres. Le coût de l’appartenance à la secte était donc des plus élevés, mais tout se passait comme si chaque investissement rassemblait davantage les membres. » (Guimond, 1994).

  • Quand le désir de domination pousse à sacrifier ses propres enfants.

Le désir de domination: exemples.

Voici un exemple pris dans l’actualité : à Saint-Pierre-de-Chérennes (Isère), trois enfants de 2, 4 et 6 ans on été exécutés par des adultes fanatisés. Deux d’entre eux, abattus d’une balle dans le front, ont probablement été tués par leur propre père. Ce massacre pourrait s’expliquer de la façon suivante selon un ancien adepte : « La terre étant devenue irrécupérable, leur mission sur notre planète était donc terminée. Ils devaient donc rejoindre leur demeure en famille. »

Dans cette secte, le passage pour aller sur « Sirius » – environnement autrement plus accueillant que la Terre – ne peut se faire qu’une fois débarrassé de son enveloppe charnelle. »

  • Quand le désir de domination pousse à tuer en série.

Le désir de domination: exemples.

Voici un exemple pris dans l’ouvrage de Stéphane Bourgoin Serial Killers. Enquête mondiale sur les tueurs en série, qui va dans le sens de ce désir de domination sous prétexte d’obéir à un pouvoir externe. C’est l’exemple du couple de Adolfo de Jésus Constanzo et de sa compagne Sara Aldrete, qui dirigeaient un gang de trafiquants de drogues selon les rites de magie noire.

« Adolfo avait pourtant tout pour réussir : beau, intelligent, charmeur, du charisme et un talent d’orateur. Né le 1ernovembre 1962, à Miami, de parents marielitos, des Cubains réfugiés, Adolfo est initié dès son plus jeune âge au rituel de la Santeria. Cette religion a été importée à Cuba au XIXe siècle par les esclaves du peuple Yoruba, originaire du Nigeria.

Les dieux yorubas, ou Orishas, sont au nombre de quatorze. Pour les vénérer, on leur offre des sacrifices : Chango, dieu du tonnerre, reçoit un agneau ou un bouc ; Oggun, le guerrier, qui veille sur les armes et la sorcellerie, se voit offrir du sang, des plumes, une lame d’acier ou des rails de chemin de fer. La Santeria compte à peu près cent millions d’adeptes ou santeros à travers le monde.

Pour le santero, tout événement possède une signification précise. Vous avez un accident ? Il est tout de suite interprété comme la conséquence d’un sort jeté par un ennemi. Au contraire des autres religions, la Santeria et ses dérivés ne se pratiquent pas dans un lieu de culte, mais chez soi, là où se trouvent vos objets sacrés.

Cette religion ne présente pas non plus un système de valeurs : il n’existe aucune règle concernant le sexe, la drogue, l’alcool ou les délits. Le concept du Bien ou du Mal ne fait pas partie de la Santeria, le Palo Mayombe ou l’Abaquaplaisent aux criminels. Personne ne se rend dans une synagogue ou dans une église pour demander à Dieu ou à un prêtre de tuer son ennemi ou de protéger un arrivage de cocaïne : avec la santeria et le Palo Mayombe, c’est tout à fait possible, voire conseillé.

(…)

Devenu un mayombero, magicien noir, Adolfo commence en 1980 à vendre ses services à une clientèle de plus en plus nombreuse dans la région de Miami. Il n’a aucun problème majeur avec la police, mis à part deux arrestations en 1981 pour de banals vols à l’étalage (une habitude héritée de sa mère). En 1983, ses amis bisexuels de Miami lui obtiennent un travail de mannequin à Mexico.

Grâce à ses prétendus pouvoirs magiques et à son charisme, il connaît un succès foudroyant dans le monde interlope de La Zona Rosa, le quartier des prostitués homosexuels. Les rituels de protection et de purification lui rapportent entre 8000 et 40 000 dollars, selon ses clients parmi lesquels figurent d’importantes personnalités mexicaines.

Arrêtés, les adeptes du culte avouent qu’une des plus grandes vedettes du cinéma mexicain, des trafiquants de drogue et des membres haut placés de la police faisaient partie des clients d’Adolfo, comme Florentine Ventura, le directeur d’Interpol à Mexico. En 1988, Ventura se suicida dans des circonstances mystérieuses après avoir abattu sa femme et ses enfants, et on ignore si Adolfo eut ce jour-là une quelconque influence.

Ivre de pouvoir, Adolfo bascule dans le meurtre rituel.

Le désir de domination: exemples.

(…)

Entre-temps, au cours d’un séjour à Matamoros, Adolfo fait la connaissance de Sara Aldrete, une jeune divorcée bon genre qui tombe sous le charme venimeux du beau Cubain en se faisant lire les cartes de tarot à la terrasse d’un café.

Les deux jeunes gens deviennent inséparables et une sorte de folie à deux s’installe, comme chez Martha Beck et Raymond Fernandez, Caril Ann Fugate et Charles Starkweather ou Myra Hindley et Ian Brady. Sara, qui est née le 6 septembre 1964, devient la grande-prêtresse du culte et participe activement, selon les aveux de ses complices, aux diverses cérémonies sanglantes de Mexico.

Elle recrute les nouveaux membres. Pour expliquer les agissements de la secte aux postulants, Sara leur projette plusieurs fois de suite un film de John Shlesinger sur la Santeria, Les envoûtés. Martin Sheen y joue le rôle d’un psychiatre de la police, qu’on pousse à sacrifier son fils pour satisfaire à des rites magiques.

Pour mieux asseoir sa domination sur Elio Hernandez (héritier d’une dynastie de trafiquants de drogue), Adolfo oblige Sara à coucher avec le jeune homme. Afin de ne pas éveiller les soupçons, la secte s’installe sur un terrain isolé, au Rancho Santa Elena, à quelques kilomètres de la ville. Adolfo promet à ses adeptes une invulnérabilité totale aux balles et le pouvoir de devenir invisibles s’ils suivent au pied de la lettre ses préceptes.

(…)

Pour l’exécutant de meurtres rituels, la torture est un élément essentiel. L’âme de la victime doit apprendre à craindre son bourreau pour l’éternité, afin de lui être totalement asservie. »

Voici d’autres exemples tirés de cet ouvrage montrant les horreurs qu’un être humain peut perpétrer sous l’égide de leur désir de domination, de leur soif de de pouvoir, de puissance sur les autres êtres vivants.

Le désir de domination: exemples.

Gary Hendnik dit lors d’une interview : « C’était en 1970 et je me baladais à bord d’une vieille Plymouth, à Malibu, en Californie. Je voulais prendre un café et des beignets. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais faim et j’ai rencontré Dieu à Malibu. Il m’a dit de retourner à Philadelphie pour y fonder une église dont je serais l’évêque. J’ai suivi ses ordres sur-le-champ et j’ai roulé jour et nuit pour rejoindre Philadelphie. Mon église était presque entièrement composée de personnes handicapées. Physiquement ou mentalement. Je ne l’ai pas fait exprès, ça s’est trouvé comme ça. (…) Après tout, les personnes handicapées se sentent plus à l’aise parmi les leurs ; elles choisissent une église où elles ne vont pas craindre d’être ridiculisées. Je ne prêchais pas beaucoup, je laissais plutôt cette tâche aux autres. Je me contentais d’être un guide et de maintenir gentiment le cap.

(…)

Dans notre église, c’est l’évêque qui dirige tout, les affaires séculaires et ecclésiastiques. C’est lui qui contrôle les finances et il n’a pas besoin d’en référer au conseil d’administration. Et c’est moi qui ai été élu. (Il redresse la tête avec fierté…) Après tout, c’est Dieu qui m’a ordonné d’agir ainsi.

Dieu m’a dit que je devais obtenir dix enfants de dix femmes différentes. Elles devaient toutes tomber enceintes et accoucher de façon naturelle, à « l’indienne ». Pas de clinique ou d’hôpital. On a dit que je torturais ces femmes, mais moi, je pensais à leur bien-être. Vous voulez une preuve ? Je les ai averties que pendant l’accouchement, et pour leur éviter toute douleur, je leur ferais boire beaucoup d’alcool. Par contre, je ne pourrais pas leur éviter de saigner abondamment. Tout ça, je leur ai dit. Je ne comprends pas pourquoi elles sont furieuses après moi.

(…)

Pour parvenir à ses fins, Heidnik enchaîne ces quatre femmes dans la cave de 3520 North Marshall Street, à Philadelphie. »

Retour sur la théorie selon l’ouvrage dirigé par P. Gosling, intitulé Psychologie sociale, Tome 1, L’individu et le groupe.

Le désir de domination: exemples.

« L’individu qui s’engage dans une organisation sectaire investit beaucoup dans le groupe, si ce n’est tout, pensant agir librement. La théorie de la dissonance cognitive peut donner une explication de cette « escalade ». L’individu se soumettant à l’autorité légitime » (ici au gourou), commet des actes qu’il ne ferait pas spontanément et souvent même allant à l’encontre de ses convictions personnelles. Investissant ainsi beaucoup de sa personne, se son temps, etc., pour la communauté, cet investissement ne peut être congruent avec la pensée que ce groupe n’a que peu d’importance pour lui.

Si tel est le cas, l’état de tension désagréable né de la mise en commun de ces deux éléments incongrus entre eux, devra être réduit par l’individu, et cette réduction pourra se faire en surestimant les avantages que peut lui procurer le groupe ainsi que l’importance de ce groupe. L’individu croit alors réellement en ce qu’il fait, il est en accord avec ses comportements, la communauté pouvant ainsi lui extorquer tous les comportements aussi coûteux que cela puisse paraître allant dans le sens et dans l’objectif d’atteindre les buts visés.

Autrement dit, le sujet est amené « d’une part par intériorisation des valeurs environnantes, d’autre part par les circonstances manipulées à se conduire conformément à son engagement en éprouvant néanmoins un sentiment de liberté. » (Enriquez, 1994)

A partir de ces recherches menées sur des situations très spécifiques, peut être dégagé un thème plus général, celui de l’influence sociale qui peut prendre des formes et des intensités diverses dans nos sociétés. Peut-être également, en élucidant le fonctionnement de l’influence sociale, contribue-t-on à éviter de succomber à certaines influences néfastes. »

Conclusion.

Le désir de domination est une force complexe qui, bien que parfois motivée par des besoins profonds de sécurité ou de reconnaissance, peut avoir des effets néfastes sur les individus et leurs relations. En reconnaissant les racines psychologiques de ce désir et en adoptant des stratégies pour le gérer, il est possible de créer des relations plus équilibrées et de mener une vie plus épanouie. Si ce désir devient problématique, il est important de ne pas hésiter à chercher un soutien psychologique pour explorer et traiter ces dynamiques.

Je vous propose de lire le second article intitulé Le désir de domination : Comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Un premier article intitulé Le désir de domination : définitions décrit les définitions de ces termes.

Mots-clés : désir de domination, psychologie du pouvoir, relations toxiques, estime de soi, gestion des comportements dominateurs, thérapie pour domination.

Vous trouverez d’autres articles sur mon site web : https://joelineandriana-auteur.com.

@copyright : J’autorise la citation de mes textes sous réserve que la source soit citée et mise en lien.

Le désir de domination : comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Le désir de domination : comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Article 29.2.

Dans cet article intitulé le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels, nous continuons à développer l’expérimentation de Milgram, les informations liées aux origines, aux conséquences et à la possibilité d’équilibrer les relations sociales.

Pour faire suite au premier article intitulé Le désir de domination : Définitions, voici les résultats de cette expérience de Milgram, selon l’ouvrage dirigé par P. Gosling, intitulé Psychologie sociale, Tome 1, L’individu et le groupe :

  • Résultats.

En condition de feedback à distance, 65% des sujets donnaient le choc électrique maximal (450 volts), contre 62,5% dans la condition de feedback vocal, 40%dans la condition de proximité et 30% dans la condition de contact. L’intensité des chocs donnés était donc fonction de la proximité exécutant-victime.

  • Variantes.

Ces 5 premières expériences ont eu plusieurs variantes. Lorsque l’expérience se déroulait dans des locaux bien moins prestigieux que ceux de l’université de Yale, la soumission ne différait pas.

Elle était par contre nulle ou plus faible lorsqu’un compère ordonnait au sujet d’infliger un choc à la victime en l’absence de l’expérimentateur, lorsque deux expérimentateurs donnaient aux sujets des ordres contradictoires et lorsque deux compères présents aux côtés du sujet se refusaient, après un certain laps de temps, à continuer.

Enfin, lorsque le rôle du sujet était de transmettre les ordres de l’expérimentateur à un compère devant donner les chocs, ils étaient 92% à ordonner le choc maximal. On notera, pour conclure, qu’une autre expérience montre qu’il n’existe pas de différences homme/femme dans la soumission.

  • Interprétations.

L’interprétation avancée par Milgram est que le sujet se place dans un « état agentique ». Il se considère comme l’instrument d’une volonté institutionnelle et souveraine dont les buts le dépassent. Ce faisant, aucune des responsabilités dont il jugerait qu’elles lui incombent s’il était le seul initiateur de ses actes ne semble peser sur lui, l’institution prenant à sa charge les torts qu’il pourrait causer à autrui.

  • Implications.

Le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Ces travaux sont riches d’enseignements.

Tout d’abord, ils montrent, ou nous rappellent, que la soumission à l’autorité est un phénomène transversal aux individus, aux cultures et à l’histoire des hommes. Les horreurs nazies, que l’on attribuait encore à la culture de l’ordre et de la soumission du peuple allemand, trouvaient un écho quelques années plus tard, en temps de paix, dans un pays démocratique, de culture individualiste et chez des gens pour lesquels le souvenir de l’holocauste commençait à peine à subir l’érosion des vingt années qui venaient de s’écouler.

Ils ont conduit les chercheurs en psychologie à redéfinir leur rôle. Le chercheur dans les sciences humaines en particulier, n’est pas seulement celui qui questionne ou celui qui demande au sujet, simplement à des fins de connaissance, d’effectuer « une tâche ». Il est le représentant d’une institution le plus souvent respectée et incontestée. De par son statut, de par son rôle social et les représentations dont il est le centre, il possède une autorité et une emprise sur le sujet.

En cela au moins, il n’est pas si différent d’un chef militaire ou d’un patron d’entreprise. Autrement dit, le chercheur est un élément à part entière de la situation dans laquelle il place et étudie le sujet. Sa présence à aux côtés du sujet peut, de manière générale, être une source de biais.

Enfin, ils posent une question d’ordre éthique. Il s’agit de savoir si les idées, croyances ou représentations que le chercheur a, en quelque sorte, injectées dans l’esprit du sujet ont le pouvoir de modifier à moyen ou à long terme sa représentation du monde et ses relations avec autrui.

Ce problème trouve une solution satisfaisante dans la pratique très largement répandue du débriefing. Il s’agit de consacrer quelques minutes, en fin d’expérimentation, à expliquer aux sujets les buts réels de la recherche et à dévoiler le caractère fictif ou aléatoire des éléments de la situation vécue par le sujet. Il va sans dire que Milgram a effectué ce travail. Les sujets ayant participé à ses recherches ont pu ainsi prendre conscience de la facilité avec laquelle ils s’étaient soumis à une autorité. »

Après l’exploration et surtout la définition de tous les termes liés à cette thématique d’un point de vue psychologique et psychanalytique dans l’article 29.1. intitulé Le désir de domination : Définitions, illustré par l’expérience très connue de Milgram, voici une suite indispensable à la compréhension de ce désir de domination. Son application est portée à l’existence des sectes.

Qu’est-ce que le Désir de Domination ?

Le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Le désir de domination est une inclination à vouloir contrôler ou exercer une influence sur les autres, souvent pour affirmer son propre pouvoir, sa valeur ou sa supériorité. Ce désir peut se manifester de manière subtile ou flagrante, allant de l’envie d’être écouté et respecté dans une discussion, à la volonté de contrôler les pensées, les comportements ou les choix d’autrui.

Les Différents Aspects du Désir de Domination.

Le désir de domination peut se manifester dans différents contextes et prendre des formes variées :

  1. Domination Relationnelle : Dans les relations personnelles, qu’elles soient amicales, amoureuses ou familiales, ce désir se traduit par le besoin de contrôler les interactions, les décisions ou les comportements de l’autre. Cela peut inclure des formes subtiles de manipulation ou des comportements plus coercitifs.
  1. Domination Professionnelle : Au travail, le désir de domination peut se manifester par une volonté de contrôler ses collègues, de s’imposer comme leader ou de monopoliser les décisions importantes. Cela peut créer un environnement toxique, marqué par la compétition et le manque de collaboration.
  1. Domination Sociale : Dans un contexte social plus large, ce désir peut conduire à une quête de pouvoir, de statut ou de reconnaissance, parfois au détriment des autres. Cela peut inclure des comportements autoritaires ou des tentatives d’imposer ses propres normes ou valeurs aux autres.

Les Origines du Désir de Domination.

Comprendre les racines du désir de domination nécessite d’explorer plusieurs dimensions psychologiques et développementales :

  1. Attachement et Estime de Soi : Les personnes qui ont développé un attachement insécurisé ou qui souffrent d’une faible estime de soi peuvent chercher à compenser leur insécurité par la domination. En exerçant un contrôle sur les autres, elles peuvent tenter de renforcer leur sentiment de valeur personnelle ou de sécurité.
  1. Traumatismes et Expériences Passées : Les expériences de vie, en particulier celles impliquant des situations de vulnérabilité ou de perte de contrôle (comme des abus ou des traumatismes), peuvent engendrer un besoin compulsif de dominer pour éviter de revivre ces sentiments d’impuissance.
  1. Modèles Culturels et Sociaux : La culture et la société jouent également un rôle important dans le développement du désir de domination. Dans certaines cultures, la domination est valorisée comme un signe de succès ou de puissance, ce qui peut encourager les individus à adopter des comportements dominateurs pour se conformer à ces normes.
  1. Facteurs Biologiques : Les recherches en neuropsychologie montrent que certains traits biologiques ou génétiques peuvent prédisposer les individus à des comportements plus dominants. Les niveaux de testostérone, par exemple, ont été associés à une plus grande propension à la compétition et à la domination.

Les Conséquences du Désir de Domination.

Le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Bien que le désir de domination puisse parfois conduire à des succès à court terme, il a souvent des conséquences négatives à long terme pour les individus et leurs relations :

  1. Isolement et Solitude : Les personnes qui cherchent constamment à dominer peuvent finir par s’isoler. Leurs comportements peuvent éloigner les autres, créant des relations superficielles basées sur la peur ou la soumission plutôt que sur la confiance et l’affection.
  1. Conflits Relationnels : Les relations fondées sur la domination sont souvent marquées par des conflits, des luttes de pouvoir et des ressentiments. Cela peut entraîner des ruptures relationnelles, des tensions familiales, ou des environnements de travail dysfonctionnels.
  1. Stress et Burnout : Le désir de domination peut conduire à un stress chronique, à une hypervigilance, et à un sentiment constant de menace ou de compétition. À long terme, cela peut entraîner un épuisement mental et physique, affectant la santé globale de l’individu.
  1. Impact sur la Santé Mentale : Les comportements dominateurs sont souvent associés à des troubles de la personnalité, comme le narcissisme ou le trouble obsessionnel-compulsif, qui nécessitent un accompagnement psychologique pour être gérés efficacement.

Comment Gérer et Rééquilibrer le Désir de Domination ?

Il est possible de gérer et de rééquilibrer un désir de domination excessif en adoptant plusieurs approches :

  1. Développement de l’Introspection : La première étape pour gérer ce désir est de développer une conscience de soi et de ses comportements. Cela implique d’identifier les situations où le besoin de dominer se manifeste et de comprendre les émotions et les pensées qui y sont associées.
  1. Renforcement de l’Estime de Soi : Travailler sur l’estime de soi est essentiel pour réduire la nécessité de domination. Cela peut inclure la reconnaissance de ses propres valeurs et capacités, indépendamment de la validation ou du contrôle des autres.
  1. Apprentissage de la Communication Non-violente : La communication non-violente permet de s’exprimer et d’interagir avec les autres sans chercher à les dominer. Elle favorise l’écoute active, l’empathie, et la résolution collaborative des conflits.
  1. Thérapie Psychologique : Dans les cas où le désir de domination est lié à des troubles de la personnalité ou à des traumatismes passés, une thérapie avec une docteur en psychologie peut aider à traiter les causes sous-jacentes. Les approches thérapeutiques comme l’hypnothérapie ou l’EMDR  peuvent être particulièrement efficaces.
  1. Pratique de l’Auto-compassion : Cultiver l’auto-compassion aide à réduire l’autocritique et le besoin de compenser ses insécurités par la domination. Cela implique de se traiter avec la même bienveillance et compréhension que l’on offrirait à un ami. Je reste disponible pour vous accompagner dans ce sens.
  1. Promotion de Relations Égalitaires : Il est crucial de développer et de maintenir des relations fondées sur l’égalité, le respect mutuel, et la coopération. Cela signifie reconnaître et respecter les besoins, les limites, et l’autonomie des autres.

Application de la soumission à l’autorité, qui permet l’exercice de ce désir de domination : Les sectes.

Le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Selon l’ouvrage dirigé par P. Gosling, intitulé Psychologie sociale, Tome 1, L’individu et le groupe, « la soumission à l’autorité résulte d’une pression sociale explicite à laquelle le sujet se doit d’obéir.

L’obéissance représente une forme de conformité due à une autorité reconnue comme légitime.

Cette autorité légitime, un individu peut l’acquérir lorsqu’il possède une « position hiérarchique ou une compétence reconnue à l’intérieur d’une organisation » et que les personnes qui font partie de cette organisation se conforment « aux normes édictées » et obéissent aux ordres sans avoir subi de violence, « avec le seul système de sanctions positives ou négatives prévues par l’organisation » (Enriquez, 1994).

A l’intérieur des sectes, les « gourous » font preuve d’une autorité dite charismatique telle qu’elle est définie par Max Weber (1965). « Elle est fondée sur les qualités exceptionnelles du chef, que celles-ci soient réelles ou prétendues. Ce qui amène les subordonnés à obéir au chef, ce qui légitime son autorité, c’est leur croyance en ses dons exceptionnels… » (Aebischer & Oberlé, 1990).

Le gourou fait d’ailleurs preuve d’un don personnel de persuasion, ce don de convaincre insufflant ainsi la confiance aveugle. Étant convaincu d’être investi d’une  mission et proposant un projet collectif pour le bien de la communauté, faisant preuve d’engagement dans la tâche commune et décuplant d’énergie pour parvenir au but escompté, le gourou parvient à subjuguer son entourage.

Ainsi, comme le montre, entre autres, l’expérience de Milgram (dans le précédent article 29.1 sur le désir de domination) ou encore celle de Zimbardo (Haney, Banks & Zimbardo, 1973), un individu, dans un contexte où il se trouve face à ce type d’autorité ou de tout autre type à partir du moment où cette autorité est considérée comme légitime, cet individu passe d’un état d’autonomie (où il est maître de ses actions) à un état « agentique », état dans lequel, se pliant aux exigences de l’autorité, il n’est plus qu’un exécutant, déresponsabilisé de ses actes.

Il peut être ainsi amené à commettre des actes contraires à ses opinions personnelles, à sa « morale », ce jusqu’à la violence, voire mort d’homme, se considérant comme l’agent exécutif d’une volonté qui transcende.

Bion (1965) décèle trois états effectifs différents qui se développent dans un groupe et qui s’adaptent entièrement aux adeptes des sectes.

Le désir de domination: comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

-La dépendance.

Quand les membres d’un groupe fonctionnent sur ce mode, ils se conduisent comme s’ils attendaient du leader suggestions, idées, sécurité, au fond comme si celui-ci était seul capable de satisfaire les besoins du groupe, à la façon d’un sorcier ou d’un démiurge aux pouvoirs plus ou moins magiques.

-L’attaque fuite.

Dans ce schéma à tonalité persécutive, les individus du groupe se conduisent comme s’ils étaient menacés par un danger qu’il faut attaquer ou fuir. Le leader dans ce cadre est celui qui attise leur haine et leur colère et qui fournit un ennemi ou un traître contre qui lutter.

-Le couplage.

Dans ce cas, l’attention du groupe semble tournée vers une événement à venir, heureux, capable de transformer le groupe ; celui-ci, comme en attente, est aussi plein d’espoir messianique, tendu vers ce qui peut sauver le groupe, nouveau leader, idée ou utopie encore à venir et à construire. » (Aebischer & Oberlé, 1990).

Conclusion.

Le désir de domination est une force complexe qui, bien que parfois motivée par des besoins profonds de sécurité ou de reconnaissance, peut avoir des effets néfastes sur les individus et leurs relations. En reconnaissant les racines psychologiques de ce désir et en adoptant des stratégies pour le gérer, il est possible de créer des relations plus équilibrées et de mener une vie plus épanouie. Si ce désir devient problématique, il est important de ne pas hésiter à chercher un soutien psychologique pour explorer et traiter ces dynamiques.

Mots-clés : désir de domination, psychologie du pouvoir, relations toxiques, estime de soi, gestion des comportements dominateurs, thérapie pour domination.

Cet article vise à fournir une compréhension approfondie du désir de domination, en offrant des outils pour ceux qui souhaitent le gérer ou comprendre son impact sur leurs relations.

Un troisième article intitulé Le désir de domination: exemples est également disponible sur ce site, afin d’illustrer ces données.

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Le désir de domination : définitions.

Le désir de domination : définitions.

Article 29.1.

Introduction.

Le désir de domination est une force puissante qui peut influencer les comportements humains dans divers contextes, qu’il s’agisse de relations interpersonnelles, professionnelles ou sociales. Si ce désir peut parfois être perçu comme une quête naturelle de pouvoir ou d’autorité, il peut aussi devenir problématique lorsqu’il est poussé à l’extrême, affectant la santé mentale et les dynamiques relationnelles.

En tant que docteur en psychologie, il est crucial de comprendre les racines psychologiques du désir de domination, ses manifestations, et ses implications pour mieux accompagner ceux qui en souffrent ou qui en sont victimes.

Le désir (ou souhait) ?

Le désir de domination: définitions.

Selon le Dictionnaire international de psychanalyse, écrit sous la direction de Alain de Mijolla, « le désir est une motion psychique d’origine interne visant à obtenir une satisfaction interdite ou bien de retrouver une jouissance première dont la trace est inconsciemment fixée.

(…) A partir de l’Interprétation des rêves( S. Freud, 1900), au chapitre VII en particulier, l’accent est mis progressivement sur une définition plus précise du désir qui va devenir déterminante dans la psychanalyse. L’analyse du rêve révèle en effet qu’il est dû à des traces mnésiques inconscientes qui se sont fixées lors des premières expériences de satisfaction.

Le désir vise à rétablir le plaisir alors éprouvé en suivant les voies tracées par les processus primaires, en tenant compte des logiques pulsionnelles inconscientes, en tournant les exigences de la censure, et en s’articulant aux idéaux les plus investis. C’est ce qui conduit Freud à définir le rêve comme « la réalisation hallucinatoire de désirs ».

(…) Il est clair que l’évolution de la notion va bien chez Freud dans le sens d’un lien de plus en plus étroit avec une représentation inconsciente, autrement dit avec un signifiant. Toute représentation qui se fixe dans l’inconscient est une trace d’une excitation éprouvée à l’occasion d’un « besoin » quelconque ; quand ce besoin se fait de nouveau sentir, le désir vise à la résurgence ou au réinvestissement de la représentation correspondante.

Le désir constitue de ce point de vue ce que Freud appelle « le capitaliste » dans l’élaboration psychique, autrement dit c’est lui qui fournit l’énergie ou la force nécessaire aux « retrouvailles avec l’objet » par l’entremise de la représentation. Dans la plupart des situations, il constitue un des pôles du conflit inconscient, l’autre pôle étant surtout constitué par l’interdit ou l’épreuve de réalité.

Mais il arrive aussi que s’expriment deux désirs opposés, prenant leur source dans des systèmes psychiques différents, auquel cas il faut que s’élabore un « compromis de désirs ».

La notion de désir se distingue d’autres qui en sont très proches mais qui renvoient à des motions inconscientes de nature différente. Ainsi, en est-il de la compulsion ou de la contrainte qui désignent plus précisément la force qu’exercent certaines représentations en tant que telles au point de parasiter la pensée ou de s’imposer à elle.

C’est le cas aussi pour la pulsion, qui est liée à un fonctionnement somatopsychique spécifique et met en jeu des pôles déterminés appelés poussée, source, objet, but. Le désir se distingue enfin du besoin, qui implique la réalisation d’une exigence réelle et somatique où il trouve sa satisfaction.

Le désir de domination: définitions.

La théorie lacanienne a donné au désir une place déterminante et fondatrice, qui correspond à l’attention privilégiée qu’elle accorde aux représentations inconscientes, et plus précisément aux signifiants. Elle a accentué, par le fait même, la distinction entre le désir et certaines des notions qui en sont les plus proches, en particulier le besoin et la demande. Si le besoin vise un objet réel et précis dans lequel il trouve satisfaction, la demande au contraire est adressée à l’autre pour susciter attention et amour.

Le désir selon Lacan naît de l’écart qui s’instaure entre le besoin et la demande : différent du besoin puisqu’il vise un objet fantasmatique, il se distingue de la demande dans la mesure où il attend de l’autre qu’il le reconnaisse et non qu’il lui accorde son amour. Pour Lacan, le désir est toujours d’une façon ou d’une autre « désir de l’Autre » puisqu’il est effet de signifiant : c’est pourquoi il est indissociablement lié au manque ou à l’objet perdu.

(…)

Guy Rosolato rappelle que le désir pousse surtout au dépassement vers un inconnu qui permet au sujet humain d’affronter l’énigme qui l’habite : à partir de quoi il peut poser les questions qui sont sources de toutes recherches. Si cet inconnu est cause du désir, il en est aussi l’objet à condition que se mette en place ce que Guy Rosolato appelle un « objet de perspective » qui le représente.

C’est dans la quête des idéaux que s’effectue cette mise en place, avec une oscillation inévitable entre un « désir pur » lorsque l’idéal se fait négativité ou désir de connaissance lorsque l’idéal intègre la limitation ou la castration sous ses diverses formes. Le désir est finalement inconcevable sans la loi qui en est à la fois le produit et la limite : c’est pourquoi il a le pouvoir de transgresser la loi, tout en trouvant en elle les moyens de se réaliser. »

Le désir (accomplissement du-) ?

« Dans la théorie freudienne, l’accomplissement du désir est une des vocations, un des motifs, voire la loi même des formations inconscientes que sont le rêve, le symptôme hystérique et le fantasme. Il s’agit du désir inconscient, infantile et sexuel, et d’un accomplissement imaginaire en une expression et une représentation plus ou moins déguisées. De ce point de vue, l’accomplissement n’est ni total ni définitif, mais singulier et dynamique. »

Le désir du sujet ?

Pour Lacan comme pour Freud, le désir est l’aspiration du sujet vers un objet fondamentalement perdu. Pour Freud, toute quête d’objet vise en fait des retrouvailles ; Pour Lacan, l’objet du désir se situe derrière lui et se constitue comme cause de ce dernier. »

La dominance ?

Le désir de domination : définitions.

Selon le Dictionnaire de psychologie, écrit sous la direction de Roland Doron et de Françoise Parot, « la dominance renvoie à un mode de comportement interpersonnel permettant d’obtenir les objets convoités (symbolique ou non) et de se mettre en position de force dans les compétitions.

En psychologie sociale, lorsqu’elle n’est pas assimilée à un trait proche de l’ascendance, la dominance relève surtout de l’appartenance à des groupes dominants dans les rapports de domination intergroupes (rapports professionnels ou de classes, rapports intersexes).

La domination repose alors sur les structures formelles, sur les barrières intercatégorielles et sur les normes imposées par les groupes dominants.

Le désir de domination: définitions.

En éthologie, dominance se réfère à la situation privilégiée que s’arroge par rapport aux individus dominés (V. Soumission) un animal de rang élevé dans une hiérarchie sociale. Dans une hiérarchie linéaire, l’animal A du niveau le plus élevé domine tous les autres, alors que l’individu inférieur W n’en domine aucun. Dans la hiérarchie triangulaire, A domine B qui domine G qui peut dominer A. La dominance s’installe par de brèves interactions interindividuelles de menace-évitement, non dommageable pour le dominé car hautement ritualisées.

La dominance confère des avantages : primauté d’accès à la nourriture et au gîte de repos ; primauté, voire monopole, d’accès aux femelles fécondes. Elle comporte des responsabilités : conduite du groupe, défense contre les prédateurs.

Aussi, à la notion de dominance, préfère-t-on associer aujourd’hui celle de fonction plutôt que celle de supériorité. La position dominante doit être défendue par des attitudes symboliques vis-à-vis des membres du groupe au sein duquel l’évolution et les changements de statut s’opèrent généralement en douceur.

La tension est plus forte en cas de contestation ou d’éviction, après maladie ou blessure, du dominant ou de son remplacement après sa mort. Les relations de dominance sont complexes, dans la mesure où, dans les sociétés de singes par exemple, les liens filiaux et de parenté se maintiennent et où le statut du jeune est influencé par la position hiérarchique de sa mère et par l’intérêt que le dominant porte à celle-ci.

Des clans liés à la parenté et des coalitions se forment. La position de chacun dépend ainsi de sa naissance, de sa force, de sa personnalité et de son histoire personnelle au cours de sa socialisation.

Ces aspects des rapports de dominance se laissent transposer à l’espèce humaine, où ils s’assortissent cependant de toutes les stratégies élaborées au sein des diverses cultures et qui exploitent souvent des instruments extérieurs à la personne comme l’argent, ou des constructions symboliques, comme les idéologies politiques et religieuses. »

La domination ?

Le désir de domination: définitions.

Selon le Dictionnaire de psychologie, écrit sous la direction de Roland Doron et de Françoise Parot, « toute relation interindividuelle dissymétrique, établie sur des ressources inégales des partenaires ou qui s’exerce au travers de pressions, d’obligations et de sanctions qui invitent à la soumission, caractérise un rapport de domination.

La domination peut être légitimée et référée à un statut d’autorité, de compétence ou de prestige. Elle peut entraîner des effets différents selon son caractère public ou privé et selon les modalités coercitives qu’elle utilise.

Liée à un statut d’autorité institutionnalisé, elle peut conduire à une obéissance démesurée. Dans des rapports interpersonnels, la domination peut être recherchée sur un mode masochiste et subie à travers la haine, la violence et l’agression dans un type de rapport qui recherche sa satisfaction dans la défaite d’autrui. »

  • La soumission à l’autorité ?

Le désir de domination : définitions.

Selon l’ouvrage dirigé par P. Gosling, intitulé Psychologie sociale, Tome 1, L’individu et le groupe, « à l’inverse du conformisme, la soumission à l’autorité implique une pression explicite de la part de la source d’influence. Cette pression se manifeste par des ordres et des injonctions. La seconde condition d’apparition de la soumission est l’existence d’une dissymétrie de statut et de pouvoir à l’avantage de la source d’influence.

    • Expérience.

      • Déroulement.

Pour recruter ses sujets, Milgram fait passer une annonce dans la presse locale proposant 4 dollars et une indemnité de déplacement pour participer à une étude sur l’apprentissage. Les candidatures étaient retenues en fonction de l’âge et du niveau socioprofessionnel des candidats. Les sujets de cette recherche étaient, excepté pour l’une des variantes de l’expérience princeps, tous de sexe masculin.

Les sujets sélectionnés étaient accueillis dans les locaux de l’université de Yale, institution jouissant d’un grand prestige. Ils étaient rémunérés et recevaient leurs instructions pour la suite de la recherche.

On leur disait qu’ils auraient à jouer soit le rôle de l’élève, soit le rôle de l’enseignant. Le truquage du tirage au sort leur assignait à chaque reprise le rôle de l’enseignant. Le rôle de l’élève était tenu par un compère, homme d’une cinquantaine d’années arrivé en même temps qu’eux au laboratoire. Il s’agissait, bien entendu, toujours de la même personne.

Cette personne était attachée, sous le regard du sujet, sur une chaise électrique, dans un local adjacent à la salle d’expérience.

La tâche du sujet naïf était de lire plusieurs séries de 4 termes auxquels il associait d’autres termes, puis d’effectuer un test de rappel. Le compère donnait des réponses fausses en suivant une séquence préétablie. Le sujet devait punir le compère à chacune de ses réponses erronées. Pour cela, il disposait d’un générateur électrique, sur lequel étaient disposées 30 manettes, libérant des charges électriques allant de 15 à 450 volts.

Le voltage de chaque manette était indiqué et les manettes étaient elles-mêmes regroupées en catégories d’intensité allant de « choc léger » à « choc dangereux ».

En réalité les chocs électriques n’étaient pas administrés. Cependant, pour rendre la situation plus crédible, le sujet se voyait administrer un choc de 45 volts avant que l’expérience ne débute. La consigne précisait, en outre, que pour chaque nouvelle erreur, il lui fallait augmenter l’intensité du choc. L’expérience s’arrêtait lorsque le sujet était parvenu à donner 3 chocs de 450 volts, les plus dangereux donc, ou lorsqu’il refusait de continuer plus avant.

On faisait varier la nature du feed-back provenant de l’élève : en condition de « feed-back réaliste », le sujet entendait les plaintes de l’élève graduées en fonction du voltage choisi. Pour cela, une bande magnétique était utilisée.

En condition « feedback vocal », la victime suppliait que l’on arrête.

En condition de « feedback à distance », la victime ne se faisait entendre que par les coups qu’elle donnait dans les parois du local où elle se trouvait.

En condition de « proximité », le sujet voyait et entendait l’élève souffrir.

Enfin, en condition de contact, le sujet devait veiller à ce que la victime maintienne sa main sur les électrodes.

Bien entendu, le feed-back était toujours gradué en fonction de l’intensité des chocs électriques délivrés.

L’expérimentateur quant à lui intervenait à chaque hésitation du sujet, pour l’inciter à continuer. Ses incitations, au nombre de 4, étaient graduées, et étaient reprises à chaque hésitation du sujet. Si le sujet refusait d’obéir après la quatrième injonction, l’expérience prenait fin.

Je vous propose de lire le second article intitulé Le désir de domination : Comprendre les enjeux psychologiques et relationnels.

Un troisième article intitulé Le désir de domination : exemples décrit des exemples d’abus et de dérives.

Mots-clés : désir de domination, psychologie du pouvoir, relations toxiques, estime de soi, gestion des comportements dominateurs, thérapie pour domination.

Vous trouverez d’autres articles sur mon site web : https://joelineandriana-auteur.com.

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